Sur la Route 40... kilomètres/heure (20/02/2011 - Los Antiguos)

par Guénolé  -  20 Février 2011, 13:30  -  #Carnet de route

     Mythique Route 40 ! En cette nuit du 19 au 20 Février, nous l'empruntons sur plus de 500 km entre El Chaltén et la ville de Perito Moreno. 500 km de piste non asphaltée, droite comme un tir de canon, se déroulant avec monotonie entre deux immensités vides réservées au vent. Ici, la steppe, sauvage, semble sans limite. Fleurie de rares estancias aux allures d'un autre temps, elle étend ses sèches étendues comme un océan qu'une houle imaginaire viendrait rider ça et là pour former les reliefs qui parfois nous encadrent. Rien ne retient le regard dans ce paysage désarmant qu'une vie ne saurait suffire à parcourir. Instants magiques, fugaces comme la course de ces guanacos qui s'enfuient dans le lointain. Instants rares.

 

SANY3233.JPG Lors d'une pause matinale, à la sortie de Bajo Caracoles,

le seul village à une centaine de kilomètres à la ronde !

 

    Chahuté par les soubresauts du véhicule, le chauffeur (qui conduira dix heures non-stop avant d'être remplacé) ayant renoncé à éviter les innombrables ornières, je tarde à trouver le sommeil. Au dehors brille une lune presque transparente qui, au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans la nuit, devient le seul repère. Le seul témoin aussi de mon esprit qui s'évade, au milieu des autres voyageurs endormis. L'occasion de faire un point sur cette première partie de voyage...


    Certes, la nature, splendide, a toujours été aux rendez-vous que nous lui avions fixés. La Patagonie, dans ce domaine, est une reine. Mais une reine inquiète. Car, même ici, l'imaginaire est vite rattrapé par la réalité, et trois semaines dans ce grand Sud auront suffi à nous faire ressentir ses maux. Ceux d'une histoire récente – moins de deux siècles finalement – toute entière orientée vers la recherche du profit et l'asservissement des ressources.


    Ainsi, sur la quasi-intégralité de notre parcours patagon, la présence permanente de fils barbelés le long des routes, formant de gigantesques enclos, est venue nous rappeler avec insistance l'appropriation progressive et massive du territoire argentin par des grands groupes internationaux. Par ailleurs, le tourisme de masse avec ses dérives (dur de s'en plaindre, puisque nous sommes d'une certaine façon les premiers à en profiter !) charrie avec lui son lot de désillusions, en soumettant les rêves à la logique du marché. Il n'y a aujourd'hui plus beaucoup de terres promises pour fuir l'aliénation capitaliste...

 

DSCF0452.JPGMoments précieux, Bajo Caracoles


    Heureusement, la Patagonie reste vaste. Après Perito Moreno, nous quitterons la Route 40 qui s'envole vers la très en vogue Bariloche, et nous bifurquerons vers l'Ouest, Los Antiguos, puis le Chili à nouveau. Un itinéraire moins touristique, car plus difficile d'accès et réservé à ceux qui ont la vie devant eux. Il était temps... Nous aurions fini par croire que la langue officielle de l'Argentine était l'Anglais, le Français ou l'Hébreu. En route pour un peu plus d'imprévu et d'aventures !

 

Los Antiguos, le 20/02/2011

 Guéno


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Thierry 16/03/2011 13:39



Ce panneau de la ruta 40 me dit bien quelque chose... peut-être qu'on s'est arrêté au même endroit car c'est le SEUL où le bus peut s'arrêter!!!


Merci à tous les deux, car en plus de voyager virtuellement avec vous, je voyage dans ma mémoire, pour cette partie du parcours au moins. J'en profite encore un peu plus car je trouve vos photos
plus jolies (mention spéciale pour le grand angle!) et je n'avais pas les dessins : merci Asuka pour ton regard transmis au coup de crayon! 


Bises les loulous!



Clotilde 10/03/2011 15:35



J'ai eu le même sentiment d'une planète à touristes dans la plupart des endroits où j'ai été dans mes voyages ... Il n'y a plus tellement de lieux qui ne soient pas exploités par l'homme (soit
tourisme soit agriculture soit industrie)...


J'espère que vous arriverez à trouver des espaces de respiration !


Profitez bien des endroits de paix et bonne route bien sûr ! ... en attendant la suite :)