Indiana Jones et le temple perdu (18/07/2011 - Salkantay Trek)

par Asuka et Guéno  -  18 Juillet 2011, 22:55  -  #Carnet de route

Prémices (15/07)

 

    Pour rejoindre le Machu Picchu depuis Cuzco, nous choisissons, plutôt que d'y parvenir en une paire d'heures (et d'ainsi dépenser plus de cent cinquante dollars en vingt-quatre heures), de faire le trek dit du « Salkantay ». Nous n'y perdons pas au change : au programme, quatre jours d'aventure pour atteindre la fameuse cité inca, et cela pour seulement quelques dollars supplémentaires. Cette randonnée n'est pas à confondre avec le renommé « Chemin de l'Inca », qui nécessite une réservation avec au moins trois mois d'anticipation, qui agglutine cinq cents voyageurs par jour, et qui enfin profite de sa réputation pour doubler la facture.

 

salkantay5Profil du trek (Guéno)

 

Allons voir les montagnes !

 

    Ainsi, le lendemain de la fête nationale française, nous quittons à cinq heures du matin la ville de Cuzco. Sur la jolie place San Francisco, un bus attend le groupe de touristes qui a choisi comme nous l'option « longue et pas chère ». Nous sommes déjà une cinquantaine, mais nous sommes répartis en fonction de notre agence en quatre groupes, une fois arrivés au village de Mollepata, vers neuf heures. De là, nous suivons notre guide Wilson à l'arrière d'un camion, tels des ovins se dirigeant vers l'abattoir. Nous sommes bien bousculés ! Il est difficile de tenir debout sans s'accrocher fermement aux rebords. Cette promiscuité facilite la conversation, et nous découvrons nos compagnons de route : deux Canadiens, José d'origine colombienne, et Jenifer d'origine taïwanaise, un couple de Danois, Ruth et Morten, et un groupe de Texans (un couple, Justin et Helen, deux qui enseignent l'espagnol et qui sont coureurs de demi-fond au passage, Heath et Steve, et un agriculteur, Toby). Cette joyeuse troupe est plutôt sympathique et nous sommes rassurés ! C'est que l'on part pour cinq journées communes tout de même...

 

DSC01806Asuka chahutée au milieu des bagages,

à l'arrière du camion qui nous mène à Sayllapata

 

    Au bout de la piste chaotique, nous arrivons à Sayllapata, d'où nous débutons notre premier jour de randonnée. Il nous faudra trois heures et demie pour parvenir à notre camp de Soraypampa, à 3900 mètres d'altitude. Coincé entre le Salkantay (la « montagne sauvage »), culminant à 6271 mètres, et l'Umantay (la « tête de la mère ») à 5910 mètres, le site est superbe. Des chevaux et des vaches broutent paisiblement le long de la rivière, tandis qu'au soleil, j'admire ces pics difficiles et dangereux menaçant la vallée de leurs neiges éternelles.

 

DSC01808Le point de départ du trek

 

DSC01812Devant l'Umantay (5910 mètres)

 

SANY1668Peu avant notre arrivée au premier camp de Soraypampa (3900 mètres) ;

à gauche, l'Umantay, un peu caché, et à droite, le Salkantay

 

On veut toucher la neige !

 

    Nous avalons notre déjeuner rapidement afin de repartir pour tenter d'effleurer les pieds des glaciers imposants. Nous grimpons donc en direction de la lagune Soyrococha, à 4400 mètres, en une heure et demie. Nous n'y restons que peu de temps, afin de pouvoir revenir avant la nuit. Mais cela nous suffira pour nous sentir écrasés et dominés par l'Umantay qui nous regarde, méprisant les petites fourmis que nous sommes. La descente sera une vraie épreuve pour moi : entre le crépuscule naissant et l'herbe courte et humide, j'ai du mal à trouver une stabilité confortable. Finalement, nous sommes pile à l'heure pour le tecito de dix-huit heures trente, précédant de peu le dîner.

 

LAGUNALa lagune glaciaire au pied de l'Umantay (Asuka)

 

    La soirée se prolonge autour d'un cocktail chaud à base de liqueur et d'infusion à l'orange. Nous écoutons Wilson nous parler des mœurs incas et de l'histoire moderne de son pays (petit débat sur le rôle d'Alberto Fujimori et de son combat contre la terreur infligée par le Sentier Lumineux). Puis, un dernier regard vers le ciel avant de rejoindre nos tentes respectives, nous révèle une pleine lune illuminant la blancheur nacrée des cimes avoisinantes, et éclairant toute la vallée de ses lumières bienveillantes.

 

De bon matin... (16/07)

 

    Dans la nuit, vers cinq heures, le guide « frappe » sur notre toile, suivi de près par le cuisinier qui nous offre, par la petite ouverture, un mate de coca pour ne pas nous rendormir. A l'aube, nous petit déjeunons. Ce rituel sera reproduit chaque jour jusqu'à notre arrivée à Aguas Calientes, au pied du Machu Picchu. Dès le petit matin, nous montons, puisque notre objectif est un col à 4600 mètres. Nous longeons d'abord un torrent, les pieds dans la neige. Puis le chemin s'ouvre sur une vallée avant de se rétrécir de nouveau, tortillant en mini-lacets où nous croisons des chevaux qui descendent d'un pas incertain, en file indienne. Ce sont des animaux similaires qui portent une grande partie de nos affaires, ployant sous le poids et gênés par l'altitude. D'un camp à l'autre, ils sont guidés par des muletiers de tous âges. Parfois, un touriste épuisé ou blessé vient alourdir la charge.

 

DSC01838Photo du groupe en chemin, à Salkantaypampa

 

    De notre côté, nous continuons à grimper avec assurance, ne manquant pas de saluer respectueusement le Salkantay à notre droite pour ne pas entraîner la colère des montagnes, déesses incas. Un haut plateau où certains ont choisi de camper et d'autres de brouter, s'étend en une oasis de verdure entre des roches inhospitalières. Tout au bout, une petite lagune gelée y a fait son nid. Ensuite, une seconde pente raide est à affronter pour atteindre, enfin, le point culminant de notre trek. Coincés entre les neiges des deux géants, tout en haut, nous prenons le temps d'admirer le travail de la Pachamama (la Terre-Mère) et nous reprenons des forces à partir de ce lieu sacré. En effet, nous croisons quelques traces d'un ancien chemin inca un peu plus bas.

 

DSC01849Guéno quelques dizaines de minutes avant d'arriver au col

 

SALKANTAY1Moment de repos, col d'Abra Salkantay (dessin d'Asuka)

 

Retour à la nature

 

    Redescendus dans une nouvelle gorge, nous déjeunons à 3800 mètres d'altitude, dans un hameau appelé Huayracmachay. Il est installé le long d'une rivière où les troupeaux d'alpagas laineux vivent paisiblement. Au soleil, j'observe la vie de la ferme qui nous accueille : un cochon vole du pain, une petite fille aux pommettes rougies par l'altitude joue à quatre pattes, des chats rôdent attendant les restes tandis que les chiens aboient, délimitant ainsi leur territoire avec autorité. Mais la descente est encore longue jusqu'à notre campement de Challway, à 2850 mètres. Le sentier est étroit et bordé de précipices vertigineux menant tout droit au Río Salkantay. Régulièrement, il paraît que les muletiers perdent une bête dans le ravin. Pour lutter contre leurs envies suicidaires, certains animaux ont les yeux bandés.

 

    Peu à peu, le paysage change. La végétation reprend ses droits, effaçant les pierres arides des hautes montagnes en se densifiant progressivement. Les fleurs apparaissent, colorant cet après-midi chaud. Soudain, entre quelques pétales rouges, un arbre bien feuillu, et une mule en peine, nous voyons une petite asiatique... qui n'est autre que la Hongkongaise, Andrea, que nous avions rencontrée à Asunción, au Paraguay ! Joyeux hasard... Enfin, vers dix-sept heures, nous arrivons au village où nos tentes sont déjà installées (les bêtes trottent plus vite que nous). Affamés, notre dîner léger sera vite dévoré. L'équipe épuisée, la soirée est courte et à dix heures, tout le monde dort !

 

DSC01873Notre camp du deuxième jour, à Challway (2850 mètres)

 

Une journée de transition (17/07)

 

    Réveil à six heures trente, avec de nouveau le « maté à domicile ». Les yeux encore engourdis de sommeil, Asuka sort de son duvet en marmonnant : « Je vais en faire un coq au vin ! » Elle n'a visiblement pas apprécié les humeurs chantantes du charmant gallinacé qui a confondu, une bonne partie de la nuit, aurore et clair de lune...

 

    Au petit déjeuner, nous faisons de nouveau un carnage de tout ce qui défile devant nos yeux : avena con leche (avoine), omelette, ... Peu avant de lever le camp, on assiste à une scène un peu surréaliste : le guide nous fait la présentation officielle des deux muletiers (les arrieros) qui ont assuré la difficile journée d'hier. Leur mission terminée (car à partir d'aujourd'hui, les cuisiniers peuvent gérer la logistique en camionnette via des routes parallèles), les deux enfants de onze et quinze ans attendent leur pourboire... Nous leur donnons en rechignant la pièce certes bien méritée (responsabilités lourdes, chargement et déchargement de matériel pesant type bouteille de gaz), mais nous ne manquons pas de faire remarquer à Wilson que le travail des enfants est a priori interdit par des conventions. Nous ne sommes bien sûr pas dupes de la situation ici, mais il s'agit là d'agences de voyage qui ne travaillent qu'avec des Européens ou des Nord-Américains ; la situation est donc d'autant plus surprenante. Le guide est un peu confus, il nous affirme que le cas est rarissime (et effectivement, les autres groupes que nous avons croisés n'étaient accompagnés que de muletiers d'âge mûr) et qu'il va s'en ouvrir au retour au syndicat des arrieros.

 

    Après trente minutes de marche, nous plongeons pour de bon dans la zone subtropicale. Nous accompagnons le Río Santa Teresa, aux eaux claires et tourbillonnantes, dans sa descente folle. Durant toute la randonnée, ce ne sont que cascades, papillons et flore exubérante. Profitant du charme bucolique des lieux, je continue de refaire le monde avec José sous le regard narquois d'Asuka (« Quoi, nous, pires que des pipelettes ? »). Lors d'une pause, Wilson nous fait découvrir les granadillas : ces fruits délicieux ressemblent à des maracudjas (fruits de la passion), mais leur saveur est plus douce et plus sucrée.

 

DSC01891En grande conversation lors d'une pause

 

    Peu avant Sahuayaco, notre camp pour la soirée, nous passons au cœur de plantations de café et de bananes. A treize heures trente seulement, nous parvenons au but : cette journée est en effet la plus courte du trek. Et tant mieux, car les organismes ont besoin de repos ! Alors que les autres se rendent en bus aux thermes à une heure de là (Santa Teresa), nous préférons rester tranquillement posés. Le lieu est en effet agréable, et nous pouvons écrire un peu, malgré les quelques insectes piqueurs du coin. Surprise, nous voyons au passage notre premier élevage de cuys : la cuisine de la maison est en effet envahie d'adorables cochons d'Inde... destinés à passer à la broche un jour ou l'autre !

 

DSC01894

    Une fois le reste de la troupe rentré, nous dînons avec appétit et la journée se termine autour d'un chaleureux feu de camp allumé au pied des tentes.

 

Nos premières ruines incas (18/07)

 

    Après le rituel du mate de coca à cinq heures du matin et du petit déjeuner à l'aube, nous reprenons la piste, légèrement descendante. Nous croisons, vers sept heures, des élèves marchant déjà vers leur collège (à plusieurs kilomètres...). Bientôt, nous parvenons au pied d'escaliers incas marquant le début de la montée vers Llactapata, des ruines situées à 2700 mètres. Ici, des siècles nous contemplent, et l'on songe aisément aux foulées des chasquis qui sillonnaient ces montagnes. Le chemin inca est très joli, traversant d'abord des champs de caféiers, puis une nature luxuriante aux fleurs joyeuses, et se terminant dans un sous-bois rafraîchissant. Une bonne partie étant dégagée, ce sentier offre une vue exceptionnelle sur la vallée. Vers dix heures, nous arrivons à un tambo, antique entrepôt alimentaire. Hormis cette solide construction, l'intérêt du lieu réside principalement dans sa situation privilégiée. Il domine le Machu Picchu, visible au loin, minuscule en contrebas parmi d'autres monts tout aussi verts et écrasés par la cordillère rocailleuse et enneigée dessinant l'horizon.

 

DSC01902Au début du sentier inca

 

SALKANTAY2Premier aperçu du Machu Picchu depuis Llactapata (Asuka)

 

DSC01924On se rapproche !

 

SALKANTAY3Tambo inca (Asuka)

 

    La descente suit, longue, boueuse, dans les bois. Elle aurait pu être pénible, mais les conversations entre José et Guénolé vont de bon train et animent cette randonnée qui nous mène jusqu'à un impressionnant pont suspendu. Là, la fatigue des quatre jours de trek commence à se faire sentir ; pourtant, la bonne humeur se poursuit et nous guide le long du Río Urubamba et d'une étonnante cascade artificielle (rejetant l'excédent d'eau d'une centrale hydroélectrique). Enfin, vers quatorze heures trente, sous un soleil brûlant, nous atteignons les rails, annonçant l'heure du repas tant attendu.

 

DSC01916Descente à travers les sous-bois

 

SALKANTAY4Au bout d'une passerelle, José et Guénolé en pleins bavardages

lors d'une ultime pause avant le déjeuner (Asuka)

 

Quand nous approchons du Machu Picchu...

 

    ... il fait si chaud que nous cédons à la tentation des glaces avant de suivre la ligne de chemin de fer, deux heures durant. Contrairement à ce que nous avons connu ces derniers jours, la route est plate. Le Machu Picchu nous nargue sur la droite, pendant toute la première partie. Tout autour, les plantes, délirantes et folles, semblent vouloir envahir la voie. On croirait être revenu aux temps des premiers explorateurs, dans un milieu encore vierge. Je cherche des ruines mystérieuses à chaque kilomètre mais je ne trouve que de charmants restaurants fleuris, s'accrochant aux rails comme l'avare à sa caisse d'argent.

 

DSC01940

 

    Nous faisons la course avec le dernier train de la journée, qui finit par nous dépasser vers dix-sept heures, à grands coups de klaxon résonnant dans toute la vallée. Peu après, nous bifurquons à droite, pour rejoindre Aguas Calientes. Nous réussissons à perdre notre guide dans ce village ultra-touristique d'une place et deux rues. Finalement, nous atterrissons dans un hôtel sans eau : nous voilà obligés de nous doucher chez le réceptionniste ! Nous essaierons de compléter notre dernier dîner en ville, mais tout est si cher dans cet attrape-touristes que nous avons déjà un avant-goût (amer) de la machine à sous nommée Machu Picchu.

 

Aguas Calientes, le 18/07/2011

Asuka et Guéno

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C


c'est trop génial ! je vous envie !


tes dessins et le tracé des altitudes sont trop bien aussi !!!



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G


Bravo pour cet excellent récit et vos beaux sourires qui nous disent ô combien vous êtes heureux.


Bises et à très bientôt


Michel et Eliane



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A


Merci de votre assiduité