Mission Huatajata, semaine 3 : des résultats et des sourires (10/06/2011 - Huatajata)

par Asuka et Guéno  -  10 Juin 2011, 10:30  -  #Carnet de route

Réveil en beauté (06/06)

 

    Comme chaque matin, nous pointons doucement le nez hors de nos sept couvertures : au réveil, il ne fait que sept degrés dans la chambre et il faut bien du courage pour s'extirper du lit (le froid du dehors n'est pas si terrible, mais l'isolation des maisons est quasi-inexistante et le concept de chauffage n'est pas arrivé sur les rivages du lac Titicaca...). Des rêves de pommes de terre ont sans doute dû hanter notre nuit. Comme tous les matins, je saigne un peu du nez : l'organisme n'est pas encore complètement adapté à l'altitude. Comme tous les matins toujours, je me dis dans un sourire que je suis quand même à 3800 mètres au-dessus du niveau de la mer, et je contemple en respirant les immenses espaces qui m'entourent. Ce cadre magnifique compense sans difficulté toutes les petites frustrations. A l'extérieur, une fine couche de glace fige le dessus de l'eau conservée dans les bassines. Dans quelques heures nous nous rendrons au foyer, en véhicule, ou mieux à pied, cheminant une vingtaine de minutes, avec à droite les reflets du lac, à gauche les collines, et le regard posé sur les 6088 mètres du Huayna Potosí. Comme chaque soir, à la nuit, nous rentrerons sous la superbe voûte étoilée : une des plus belles qu'il m'ait été donné de contempler, comme un sombre tapis couvert de fils d'argent, et déroulé au-dessus de nos têtes.

 

DSC00877Coucher de soleil sur le lac, Huatajata

 

Le temps passe, Huatajata reste

 

    Lundi matin, tout le monde s'agite dès huit heures et demie. On charge Guénolé d'aller chercher les éducatrices au foyer sans autre précision. Une fois toute l'équipe réunie, Elena prononce un petit discours en l'honneur des professeurs, car aujourd'hui c'est leur jour : le Día del Maestro. Les éducatrices sont gâtées, avec de belles paires de chaussures. Nous avons nous aussi droit à une jolie écharpe multicolore. A dix heures et demie, Jhony nous apporte un Pique Macho (viande, saucisses, oignons, frites et riz en sauce épicée).

 

    Mais la fête ne s'arrête pas là. Direction l'école : nous allons féliciter les instituteurs. De nouveau, nous assistons à notre spectacle favori de danses traditionnelles, de poèmes et de chants. Chaque instant est l'occasion de mettre en valeur ces maîtres qui se « sacrifient » tant, « au péril de leur vie » (extrait d'un poème : « avec quel misérable salaire tu es payé, quelle ingratitude ! »). A treize heures vient le moment du traditionnel haptapi accompagné de sa non moins traditionnelle barquette garnie, vous l'aurez compris, de pommes de terre-poulet-maïs (ça nous manquait déjà !). Après le Pique Macho matinal, impossible pour moi de manger. Heureusement, je fais le bonheur d'un écolier avec cette barquette si appétissante ! Ce jour étant férié pour tous les personnels responsables de l'éducation (NB : il y a aussi un jour des docteurs, un jour des infirmières, un jour des secrétaires, un jour des enfants...), ces derniers en profitent pour boire à la bolivienne, c'est-à-dire de la bière, et sans fin, sous le chaud soleil de l'après-midi (le pire, c'est qu'avec ma position d'étranger et d'invité, de surcroît professeur, il m'est difficile de fuir !). Vilma, la femme à tout faire du restaurant, va donc garder les quarante enfants seule.

 

fleursExtraits du carnet de route d'Asuka

carnet

A la recherche de l'enfant perdu

 

    Nous aidons donc un peu Vilma, surtout que Juan-Carlos (10 ans), qui s'énerve assez facilement, a disparu. Nous le cherchons partout aux alentours. Personne ! « Il s'enfuit souvent dans le cerro et rentre pour le dîner », nous dit-on. Très bien. En soirée, nous revenons prendre le thé au restaurant avec l'équipe. Mais voilà qu'une coupure d'électricité nous bloque plus d'une heure dans l'obscurité. Enfin, nous nous décidons à aller vérifier que tout se passe bien au foyer. Quand nous arrivons à vingt heures, tout est si calme que cela en est presque angoissant. En effet, les enfants sont déjà couchés faute de lumière. Nous retrouvons notre fugitif peu après, qui a décidé sans prévenir de dormir dans la maison d'un des rares externes, toute proche...

 

    Pour clore la journée, nous terminons avec l'équipe les festivités dans une boîte de nuit sans ambiance (plus exactement, dans un hôtel de Huatajata dont la terrasse couverte s'est transformée pour l'occasion en piste de danse). Sous l'effet d'un léger rhum coca, nos oreilles sont agressées une heure durant par l'insupportable cumbia.

 

A l'approche de l'inspection... (du 07 au 09/06)

 

    Ce mardi commence un bloqueo (barrage routier), qui durera trois jours : une communauté manifeste suite à un problème d'accès à l'eau, et aucune voiture ne peut passer au niveau d'El Alto pour se diriger vers le lac et le Pérou. Nous ne verrons donc pas défiler grand monde au restaurant de la fondation ! Alors que je me rends au foyer en fin de matinée pour commencer l'aménagement de la future ludothèque, ma préoccupation du moment, les professeurs m'interpellent depuis la cour de récréation. Vision surréaliste ! Au milieu des élèves qui s'ébattent, il sont en train de finir les pintes qu'ils n'ont pu écouler le jour précédent lors du Día del Maestro (ce n'est pas faute de ne pas avoir fait des efforts !). Ils m'invitent à les rejoindre, en m'accusant de m'être « échappé » hier (au secours, cela recommence...). J'ai rarement entendu une cloche sonner, celle signifiant le moment de revenir en cours, avec autant de soulagement.

 

DSC00873Gros aménagements au foyer cette semaine : réparations, mise en place de petites affiches

("silence dans le réfectoire", "entrée interdite en cuisine", ...),

et changement d'une partie des matelas (que l'on transporte ici dans le pick-up)

 

DSC01022cAutre changement : l'installation d'un grand bidon. Les enfants peuvent y remplir

un petit seau d'eau et "tirer la chasse" en sortant des baños (toilettes).

Cela ne semble rien, mais cela a grandement contribué à améliorer la propreté.

On avait juste oublié un détail : les plus petites n'atteignent pas le sommet du récipient !

 

    Ce mardi est un grand jour puisque nous vaccinons ! Toute la matinée, j'informatise mes données sur le carnet de santé. Malgré une heure de retard de la part du personnel du centro de salud de Sankajahuira, et seulement dix-huit aiguilles sur les quatre-vingts nécessaires, à dix-sept heures, je suis ravie de pouvoir enregistrer dix-huit enfants vaccinés contre la fièvre jaune (qui sévit plutôt à l'Est, en Amazonie bolivienne, et qui est obligatoire pour les gens d'ici lorsqu'ils veulent quitter le pays). Tous ont été récompensés par un bonbon ! C'est que ce n'est pas chose facile de faire patienter des gamins, tous plus anxieux les uns que les autres, dans l'attente du moment fatidique... Les doctoresses nous promettent de revenir le lendemain pour terminer. Elles reviendront, mais peu de temps avant la nuit, nous obligeant à programmer une autre date.

 

DSC01125La ludothèque une fois aménagée

 

    En attendant l'inspection promise le jeudi, nous nous hâtons de tout nettoyer, ranger et mettre à jour administrativement. Nous patienterons longtemps, car ce moment officiel... n'aura finalement jamais lieu durant notre présence au lac. Mais peu importe, tout est beau et propre. Les dossiers médicaux, fruits de trois semaines de travail, sont complets et bien ordonnés (bravo Asuka !). Guénolé peut jouer tranquillement au foot avec les pensionnaires. De mon côté, je fais découvrir aux moins sportifs ou aux plus jeunes les joies des origamis. Après tant d'acharnement, le sourire et la joie des enfants seront notre cadeau.

 

DSC00944Pas le choix : cette semaine, il faudra se rabattre sur la cour de l'école

pour jouer au football, car les gens du coin n'ont pas trouvé meilleur endroit

que le terrain pour confectionner leurs chuños (pommes de terre déshydratées)

 

 Huatajata, le 09/06/2011 

Asuka et Guéno

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Gizard 04/07/2011 18:58



Admiratif de tout ce travail effectué(Vaccins ludothèque modernisation des wc..) et des paysages vers La Paz.


Je vais finir par prendre un billet. Enjoy the summer.


Cyril