Bienvenue au Machu Picsou ! (19/07/2011 - Machu Picchu)

par Asuka et Guéno  -  20 Juillet 2011, 01:00  -  #Carnet de route

Arrivée chez les maîtres du temps... mais pas de la météo ! (19/07)

 

    Nouveau réveil aux aurores. On récupère à leur hôtel les trois seuls courageux du groupe qui ont décidé de monter à pied, et d'ainsi économiser seize dollars de bus aller-retour (même le guide nous a laissé tomber) ! Puis on se rend à Puente Ruinas, à la limite basse d'Aguas Calientes. Commence alors un défi pour les fessiers : plus de 1700 marches irrégulières à gravir dans la nuit qui s'achève. L'effort est intense et nous suons à grosses gouttes, malgré le crachin qui vient humidifier la dense végétation environnante. De temps à autre, nous croisons parfois la route en lacets que sillonnent les premiers bus de la journée, contre qui nous faisons la course. Ainsi, en quarante minutes, nous atteignons l'entrée du Machu Picchu : une bonne performance !!

 

SANY1736Paysage autour du site

 

    Pourquoi partir si tôt, nous direz-vous ? Car il paraît que c'est mieux d'arriver dans les premiers, pour ne pas faire trop longtemps la queue à l'entrée et profiter du calme relatif, avant l'arrivée des groupes. Pourtant, même à six heures trente du matin, nous ne sommes pas les heureux élus et il nous faut patienter une demi-heure, sous une pluie violente, et... en file indienne ! Cela promet ! D'autant que l'intérêt de la course folle, du pélerinage que nous venons de réaliser, s'est nettement amoindri depuis ce 15 juillet 2011 (surtout en cas de mauvaise météo comme aujourd'hui, où cela ne change rien d'arriver en premier puisque de toute façon on ne voit rien). En effet, l'administration du complexe archéologique a cessé d'attribuer les précieux sésames pour entrer sur la montagne voisine, le Huayna Picchu (quatre-cents visiteurs maximum autorisés par jour), aux plus compétitifs (les vainqueurs lors de l'épreuve de montée des marches). Ce sont désormais – quel dommage ! – des critères financiers qui sont pris en compte, puisqu'il faut, de nouveau, payer (à hauteur de neuf dollars, en réservant sur internet, ou la veille à Aguas Calientes... avec toujours cette fameuse limite de quatre-cents personnes par jour). Nous apprendrons d'ailleurs à notre retour à Cuzco la poursuite de cette politique restrictive : à compter du 20 juillet, le site souffrant toujours plus de son affluence, il est désormais nécessaire de réserver (en moyenne une semaine à l'avance, puisque pas plus de 2500 visiteurs par jour seront acceptés).

 

    Ainsi, si ce que nous avions vu d'Aguas Calientes (« Machu Picchu Pueblo ») ne nous avait pas vraiment convaincu (village complétement artificiel avec pour seul mérite d'être le point d'arrivée du train de Cuzco ; restaurants à l'hygiène douteuse et aux prix scandaleusement élevés pour la prestation ; décalage désagréable entre les randonneurs que nous sommes et certains touristes « bling-bling » qui arpentent les rues, dollars en main, à leur descente des wagons), la politique de racket continue ici : entrées au complexe hors de prix (quarante-cinq dollars), accès aux toilettes payant en sus, qualité de l'information fournie à propos du site médiocre et impossibilité de se nourrir aux snacks voisins tant les tarifs sont prohibitifs...

 

    Ceci dit, l'arrivée sur le Machu Picchu est effectivement fabuleuse. Mais je suis quand même bien loin d'y ressentir des élans lyriques, tant la foule est compacte et tant l'emprise commerciale s'incruste dans les plus petits recoins de cette merveille de l'Histoire... une Histoire qu'Asuka va vous résumer.

 

SANY1685Arrivée pluvieuse sur le Machu Picchu, au niveau des terrasses agricoles

 

Nos amis les Incas

 

    Selon la légende, l'empire inca serait né au bord du lac Titicaca. Il fut fondé par le couple Manco Capac et Mama Ocllo. Comme souvent dans les mythes, cette liaison est incestueuse puisqu'ils sont frère et sœur. L'homme réunit des fidèles par le nord, tandis que la femme s'occupe du sud. Finalement, un spectre magique leur permet de choisir Cuzco comme capitale.

 

    Historiquement, l'empire se serait véritablement bâti au XVème siècle, grâce à l'esprit conquérant de l'Inca Pachacutec (Pachacuti Yupanqui). En effet, hormis la civilisation Chimú, située bien plus au nord sur la côte péruvienne, la région andine était divisée entre plusieurs petites tribus proches les unes des autres, mais aux caractéristiques facilement dissociables. Pachacutec (neuvième empereur inca), aurait, selon les écrits de son descendant métis Garcilaso de la Vega (premier historien de la culture inca au temps de la colonisation espagnole), combattu héroïquement les Chancas, contrairement à son frère et à son père partis en fuite. Ce fut alors le début d'une série de victoires et d'alliances permettant à l'empire de s'étendre du sud de la Colombie au nord du Chili et de l'Argentine en quelques années. Vieillissant, Pachacutec délégua peu à peu les missions militaires à ses fils et à ses frères, afin de se concentrer sur les organisations administrative et religieuse du pays. Ainsi, il améliora le système de communication en formant les chasquis, messagers, coureurs de 5000 mètres, sillonnant le Tahuantisuyo (les quatre directions, nom de l'empire en inca). Il consolida la doctrine, se proclamant descendant du Dieu Soleil (cela pourrait rappeler un certain Louis XIV), codifiant et imposant le culte de l'Inti ( le soleil) dans tout l'empire.

 

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Au fond, le Huayna Picchu apparaît dans les nuages.

Les Incas avaient mis au point un intelligent système d'écoulement de l'eau

que nous pouvons largement admirer aujourd'hui !


    Cependant, à chaque nouveau peuple intégré, leur culte était assimilé et respecté, à partir du moment où la vénération de l'Inti devenait la foi majeure. De même, les connaissances artisanales et scientifiques des tribus conquises enrichissaient constamment la civilisation inca. Ainsi, bien que celle-ci n'ait connu ni l'écriture (il existait uniquement un système de nœuds permettant de gérer la comptabilité de l'empire, appelé quipus), ni la roue, ce qui nous étonne le plus aujourd'hui, ce sont leurs phénoménales constructions, dont le fameux Machu Picchu.

 

Pourquoi le Machu Picchu ?

 

    Cette cité inca a été rendue célèbre par l'américain Hiram Bingham en 1911. Souvent qualifié de « découvreur », il eut en fait surtout le mérite, contrairement à ses prédécesseurs, de s'être passionné pour cette ville mystérieuse et d'avoir eu les moyens d'y mener des fouilles archéologiques relativement complètes. Pour la petite histoire, ce site est signalé sur plusieurs cartes dès le XIXème siècle et les habitants de la région connaissaient son existence (certains même vivaient à proximité). D'ailleurs, ce sont eux qui ont mené le curieux Bingham aux ruines alors qu'il recherchait Vilcabamba, dernier refuge de l'Inca Manco Capac II, lors de la conquête du cruel Francisco Pizarro.

 

    Le Machu Picchu fut édifié sous le règne de Pachacutec (1438-1471). Cette grande ville hébergeant jusqu'à 1500 habitants, et ayant nécessité 5000 ouvriers pour sa construction, aurait surtout été un haut centre religieux, protégé et sacré. Machu Picchu (« vieille montagne ») est en fait le nom du sommet adjacent, alors que la cime rocailleuse qui domine le complexe se nomme le Huayna Picchu (« jeune montagne »). Le lieu bénéficie d'un panorama complet sur la vallée du Río Urubamba, permettant ainsi au dirigeant d'anticiper l'arrivée de l'ennemi, sans pour autant être une forteresse. En effet, d'en bas, la cité est à peine visible. Il semblerait que la disposition des monts évoquerait un puma, symbole de la puissance terrestre inca. Ceci expliquerait peut-être le choix des fondateurs.

 

DSC01958Le quartier religieux

 

Quand le dieu de la pluie est heureux....

 

    Un rapide contrôle des billets à l'entrée et nous sommes de suite rejoints par notre guide Wilson. La vue étonnante sur les terrasses nous replace dans le contexte, dès nos premières foulées (je rêverais d'être un ninja ou un yamakazi, pour sauter agilement de terrasses en terrasses, car elles s'étendent à perte de vue ; mais de toute façon, un petit panneau « pelouse interdite » vient briser net ce rêve). Wilson ébauche quelques explications généralistes, mais la pluie s'impose et nous nous réfugions une demi-heure durant sous une petite maisonnette restaurée, avec un toit de chaume. Ainsi, subissant le flot incessant, nous pouvons admirer avec attention l'efficacité des canalisations du site et le joli système de fontaines en contrebas. Quand le débit de la pluie diminue un peu, nous repartons donc pour l'exploration du lieu.

 

    Il existe quatre quartiers:

- agricole (comprenant les maisonnettes des agriculteurs et les terrasses où l'on pouvait faire jusqu'à trois récoltes par an),

- urbain (logements et ateliers d'artisans),

- religieux,

- et royal.

 

    Nous débutons par ce dernier. Tout d'abord, nous nous faufilons sous l'entrée principale de la cité et observons les encoches d'un système de fermeture. Puis, nous entrons dans la maison de l'Inca, originellement sur deux étages. Elle présente des alcôves où étaient placés des idoles afin de pouvoir pratiquer leur culte. Enfin, nous admirons le tombeau royal, qui impressionne par son monolithe déposé dans le vestibule, sculpté de trois marches et permettant de présenter la momie impériale à l'assemblée lors des cérémonies commémoratives.

 

    Puis nous longeons le temple du condor, qui, comme son nom l'indique, se caractérise par un autel en forme de condor, où l'on suppute que des sacrifices d'animaux étaient effectués. Nous passons devant les salles de tortures, où un puma sauvage décidait de la culpabilité de l'accusé (vingt-quatre heures sans être dévoré, et l'innocence était prouvée !). Ensuite, pour accéder, au quartier religieux, nous traversons des ateliers de céramique (avec une intrigue à résoudre sur des sortes de mortiers dont l'usage reste un mystère) et de tailleurs de pierres. Là encore, le système de polissage reste méconnu, mais nous savons que les roches étaient cassées en y creusant de petits orifices que l'on remplissait d'eau ; le gel et le dégel finissaient le travail.

 

    Par la suite, nous abordons la place sacrée avec son temple aux trois fenêtres (effectivement, il y en a trois...). Les curiosités de la sacristie nous arrêtent un moment. Dans cette pièce, les prêtres se préparaient aux cérémonies et débutaient le séchage des momies. Des niches dans les parois transmettaient les incantations et chants par un habile système d'écho. Ici, il est aisé d'observer la technique de construction, avec notamment la pierre à trente-deux angles : effectivement, les incas n'utilisaient pas de ciment et les pierres étaient parfaitement ajustées. Certains affirment qu'une lame de couteau ne peut être glissée entre deux pierres tant les roches sont finement taillées (nous n'avons pas pu essayer...). Au delà de la sacristie, la pluie s'intensifie. Je ne vois plus rien, je suis fatiguée, j'ai froid et j'ai faim (bien évidemment, il est interdit de manger sur le site) ! Je n'écoute plus trop les explications, mais je reconnais le « caillou » le plus célèbre, l'Intiwatana. Il s'agit d'un calendrier solaire situé au point culminant de la ville (mais bon on ne sait pas trop comment il fonctionne...).

 

    Pour terminer la visite, à mon grand soulagement, Guénolé me prête sa veste, et nous sortons faire une pause (et manger !) avant de continuer l'expédition.

 

DSC01959NB : Jeu-concours, neuvième manche, avec une question-flash (jusqu'au 1er septembre). 

Il y a sur cette photo quelque chose qui cloche... A vous de détecter

ce quelque chose (faire les propositions en "commentaire").

Dix points pour le premier qui donnera la bonne réponse. 

 

Un autre Huayna

 

    Malgré le temps exécrable, nous décidons de partir vers onze heures à l'assaut du Huayna Picchu (forcément, nous avons payé...), qui domine le site de toute sa majesté. De loin, il paraît une falaise abrupte et impénétrable. La montée nous semble étonnamment dangereuse : rien d'exceptionnellement difficile, mais nous croisons des gens clairement en déficit de condition physique, ahanant sur les escaliers de pierres, raides comme des échelles. Au vu de la fréquentation, si quelqu'un glisse sur les marches trempées, il peut entraîner dans sa chute vertigineuse une demi-douzaine de ceux qui le suivent. De plus, les surveillants du lieu brillent par leur absence.

 

SANY1701En route pour les hauteurs !

 

    Au sommet, une sorte de forteresse, défiant le ciel, est perchée sur un promontoire assez incroyable. On se croirait transporté en plein cœur d'un dessin animé de Miyazaki : « Le Château dans le ciel », pourquoi pas. Mais on ne peut pas vraiment profiter de ce rêve, car la pluie et les brumes s'acharnent, détruisant tout espoir d'avoir une vue sur le Machu Picchu (décidemment, après le Huayna Potosí, nous sommes abonnés aux panoramas imaginaires...). Heureusement, une petite trouée dans les nuages lors de notre redescente nous laisse le loisir de contempler dans son ensemble, quelques secondes, le complexe tant espéré.

 

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    Trempés, frigorifiés, nous ne nous éternisons pas et nous reprenons l'escalier géant en direction d'Aguas Calientes. L'après-midi sera consacré à se réchauffer en maudissant la météo, à se reposer et à grignoter en attendant notre train de 18 heures 45 (aux tarifs exorbitants lui-aussi, surtout depuis qu'il a été racheté par les Britanniques de l'Orient-Express). Moins de deux heures plus tard, nous sommes dans la cité d'Ollantaytambo, où un bus nous attend au coeur de la nuit noire pour terminer le trajet en douceur. Mais c'est sans compter sur la courroie de transmission qui finit par nous abandonner ; nous devons attendre un véhicule de rechange, et nous arrivons éreintés à Cuzco à une heure du matin, plus de deux heures après le timing prévu...

 

DSC01980Redescente dans le village d'Aguas Calientes

 

    Nous profitons du lendemain pour prendre un repos bien mérité à Cuzco, en attendant notre bus de nuit pour la côte. En fin de matinée, nous engrangeons des forces au « Yakumama », dans la calle Procuradores. Nous le conseillons à tout le monde : ses petits déjeuners sont des festins, imbattables tant sur le plan de la quantité (boissons chaudes, carafes de jus de fruits, pancakes, confitures, mueslis, omelettes, etc) que sur celui du prix ! Dans l'après-midi, nous allons nous ouvrir auprès de l'agence qui nous avait vendu le « Salkantay Trek » des quelques petits soucis rencontrés durant celui-ci (nourriture insuffisante, arrieros adolescents, …). Et celle-ci nous apprend au passage qu'elle nous a réservé un bus pour le soir, ni pour l'endroit, ni pour l'horaire convenu !!!

 

    Si tout se passera finalement bien (nous n'avons pas manqué l'autocar mais nous avons eu chaud, car la plupart de notre linge était encore à la laverie quinze minutes avant le départ de celui-ci ; et finalement, la nouvelle destination n'était finalement pas si mal...), c'est un peu panique à bord dans l'instant ! Méfiance donc à Cuzco : il y a tellement d'agences de tourisme que le service n'est pas toujours au top...

 

Cuzco, le 20/07/2011

Asuka et Guéno

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ahhh :)


un jour j'irai le voir moi aussi ! NA ! ;)



Répondre
G


Ce qui cloche : la chaussure de Guénolé qui est maintenue par un scotch. Enfin elles auront fait leur temps. Ce texte était passé inaperçu.


 


 


Michel Elaine



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G


Vraiment trop forts ! Dix points pour vous...