Une ville qui ne manque pas d'air, épisode 1 (20/03/2011 - Buenos Aires)

par Guéno  -  20 Mars 2011, 23:25  -  #Carnet de route

Centro (19/03)

 

    Douze heures de bus, c'est à peu près le temps qu'il faut pour relier Buenos Aires depuis Mendoza. Un périple ! Sauf que les Argentins ont inventé le « cama », un concept qui ferait rougir de honte la première classe d'Air France. Imaginez : un siège en cuir hyper-large, inclinable quasiment jusqu'à 180 degrés ; un service à la hauteur, avec repas chaud et boissons gazeuses ou apéritifs à la demande. Bref, une expérience à conseiller pour tous ceux qui seraient amenés à prendre les transports dans les immensités argentines...

 

    Une heure avant l'arrivée, la pampa, vide et verte, territoire immense réservé aux bovins, laisse progressivement place aux barres d'immeubles défraîchis. Puis les embouteillages, de plus en plus denses, annoncent le terminal de bus de la capitale. Tentaculaire, la ville compte actuellement plus de trois millions d'habitants, douze avec la grande banlieue, et elle peut se targuer de plus de quatre-cents ans d'existence (elle fut fondée par Juan de Garay en 1580 après l'échec – suite à des attaques récurrentes d'indiens et à des famines – d'une première implantation un demi-siècle plus tôt sous les ordres de Pedro de Mendoza).

 

    Un trajet de métro plus tard (dans des rames assez anciennes, dons du Japon à la cité), et nous voilà à l'Hostel-Inn Buenos Aires, dans le quartier San Telmo. Cet hébergement est une aubaine : pour trois nuits, nous n'en payons que deux, à prix réduit de surcroît ! Juste parce que l'affaire a été négociée auprès d'un « rabatteur » à la gare routière... Des fois, il ne faut pas se poser de questions sur le pourquoi et le comment !

 

    L'après-midi, nous décidons d'explorer le quartier Centro. Mauvaise pioche ! Un peu fatigué par la nuit de bus, tout l'environnement me semble agressif : des gens pressés (tiens, un air de Paris !), une saleté omniprésente, du bruit, des gaz d'échappement, des bousculades, le tout sous une chaleur accablante. Serais-je un peu agoraphobe ?

 

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La Plaza de Mayo, centre névralgique de Buenos Aires

 

    Pourtant, la promenade donne un bon aperçu de la ville. La rue piétonne Florida grouille d'une foule compacte. Les jolies porteñas s'y retrouvent pour faire leur shopping, des flâneurs y réalisent leur promenade du samedi. Toute cette masse ondulante est obligée de se presser contre les vitrines de part et d'autre, car le haut du pavé est occupé sans discontinuer par des marchands ambulants qui étalent là chaussures, fringues, bibelots, à la sortie des grands magasins de Hi-Fi ou de marques de sport... Une atmosphère brouillonne nous entoure. C'est un bazar gigantesque, avec son lot de miséreux entraînés dans son sillage. Vendant du petit artisanat, des boissons, voire même des kleenex, des Boliviens ou des Péruviens (dernière vague d'immigration en terre argentine après celle des Chinois ou des Coréens) essaient de survivre. Ils donnent à Buenos Aires un air de marché de La Paz, et colorent la ville d'une facette indigène qu'elle a pourtant longtemps repoussée !

 

SANY4090Dans la rue piétonne Florida

 

    Nous revenons à l'hostel via l'Avenida 9 de Julio, paraît-il la plus large du monde avec ses 140 mètres de façades à façades. Pour finir la journée, je me fais rouler par l'épicier qui me refile une conserve périmée en me faisant croire que je ne sais pas lire (mais j'aurai ma revanche le lendemain avec plus de fermeté...). Bref, des premières impressions un peu négatives qu'il me tarde d'inverser ! Quant à Asuka, elle a plus de recul, puisqu'elle a déjà séjourné ici presque deux mois il y a quatre ans.

 

barsantelmoUn bar de San Telmo vu par Asuka

 

San Telmo et la Casa Rosada (20/03)

 

    Après une grasse matinée revigorante, direction la Plaza Dorrego, non loin de notre hostel, pour profiter de la Feria San Pedro Telmo. Cette feria est un des principaux marchés aux antiquités de Buenos Aires. On assiste ici à un vrai changement d'atmosphère : la foule est toujours présente, mais le rythme est infiniment plus tranquille. Des airs de musique emplissent les rues. L'ambiance fleure bon la nostalgie, un sentiment typiquement argentin, qui a su si bien s'exprimer au travers du tango. D'ailleurs, à un angle de la place, un couple d'anciens s'adonne avec sensualité à cette danse tragique sous le regard des badauds. Dans les allées du marché, des verres colorés reflètent les lumières du soleil et de vieux livres finissent de jaunir sous les rayons ardents. Des vendeurs étalent sur des tables de fortune toute une quincaillerie argentée ; chaque objet semble porteur d'une histoire qu'il nous faut deviner.

 

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Vente des ustensiles pour le traditionnel maté

 

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    En milieu d'après-midi, nous retournons vers le centre. Pour y parvenir, nous prenons la ligne A du métro. Celle-ci passe sous l'Avenida de Mayo, et elle a la particularité d'avoir conservé ses vieux wagons aux sièges en bois et aux lustres obsolètes. Le subte de la capitale argentine est en effet le plus vieux d'Amérique du Sud (inauguré en 1913). Sur la Plaza de Mayo, le cœur de Buenos Aires, de grands palmiers offrent leur abri à une myriade d'oiseaux. Dans un coin, des vétérans de la Guerre des Malouines affichent à grand renfort de banderoles leur rancœur d'être tombés dans l'oubli. Mais surtout, but de notre après-midi, la Casa Rosada, siège du gouvernement, ouvre ses portes aux visiteurs. Toute de rose vêtue, elle doit sa couleur à un compromis imaginé par le président Sarmiento en 1873, qui décida de mixer le blanc des Unitaires avec le rouge des Fédéralistes, adversaires féroces qui s'entre-déchiraient à propos de l'avenir de l'Argentine. C'est du moins ce que prétend la légende...

 

DSCF0612Patio à l'intérieur de la Casa Rosada

 

    Dans le grand hall d'entrée, une exposition présente en peintures les héros des indépendances de l'Amérique latine : révolutionnaires, hommes politiques visionnaires, penseurs. Puis une visite guidée nous permet de prendre connaissance des secrets de la Casa Rosada ; du bureau de Cristina Kirchner à la salle des conférences de presse, rien ne nous est caché, y compris l'ascenseur luxueux aux fauteuils molletonnés réservé à la présidence... Un peu de mégalomanie ne faisant pas de mal, nous avons même l'occasion de monter sur le balcon dominant la Plaza de Mayo : Eva Perón y lançait ses discours enflammés, et Maradona et sa troupe y présentèrent, devant une foule en délire, la coupe du monde 1986 que l'Argentine venait de remporter !

 

Buenos Aires, le 20/03/2011

Guénolé

 

NB : Jeu-concours, sixième manche. Les cinq premiers du classement final seront récompensés !!! Voici ci-dessous une liste de grands personnages qui ont fait l'Amérique latine : à vous de retrouver la phrase qu'ils ont prononcée (la réponse doit se présenter sous cette forme : 2C, 5A, …). Bon courage ! On vous laisse jusqu'au 1er Juillet... Quinze points sont en jeu (10, 4 et 1) : les bonnes réponses ne seront divulguées que le 01/07. Rappelons le classement après cinq épreuves :

1) Maman Guittard : 40 points

2) Auré : 25 points

3) Sylvain : 13 points

4) Lye : 10 points

5) Clotilde : 3 points

6) Séverin : 1 point

 

1- Simón Bolívar

2- Eva Perón

3- Ernesto « Che » Guevara

4- Manuel Belgrano

5- Bernardo O'Higgins

6- José de San Martín

7- Túpac Katari

8- Emiliano Zapata

A- « Je reviendrai, et je serai un million ! »

B- « Nous sommes libres, le reste n'importe pas. »

C- « Oui, trois fois oui, emmène-moi sur ton grand cheval blanc ! » (en réponse au plan d'attaque de San Martín)

D- « Quand existe une nécessité, naît un droit. »

E- « Quelle liesse peut être la nôtre de voir restitués, par notre persévérance et notre effort, leurs droits à des millions d'hommes ! »

F- « ¡ Hasta la victoria siempre ! »

G- « ...l'Amérique du Sud sera le temple de l'indépendance et de la liberté. »

H- « La terre est à celui qui la travaille. »

 

DSCF0625Footing argentin dans la Réserve écologique

de Buenos Aires, en sortant de la Casa Rosada

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Voici les résultats tant attendus ! C'est donc Séverin qui emporte 10 points avec 6 bonnes réponses, et Maman Guittard (fortement soutenue par Papa Guittard) qui repart avec 4 points (3 bonnes
réponses).


Ci-dessous les corrections, pour les férus d'Histoire :


A) Cette phrase aurait été prononcée par T. Katari (7), de son vrai nom Julián Apasa Nina (un des leaders de la révolte indienne face à l'occupation coloniale en Bolivie en 1781), au moment de sa
mort (écartelé par les Espagnols).


B) Sentence prononcée par J. de San Martín, général argentin décédé à Boulogne-sur-Mer, grand acteur des indépendances sud-américaines.


C) De Bernardo O'Higgins (5), officier militaire chilien qui développa une profonde amitié avec le précédent cité.


D) Phrase pronocée par Eva Perón (2), mythe et icône de l'Argentine du XXème siècle, car à l'origine de plusieurs mesures sociales.


E) Cette exaltation est de Bolívar (1), le Libertador, figure emblématique avec San Martín de l'émancipation des colonies espagnoles.


F) La devise mondialement connue du Che (3) !


G) Citation empruntée à M. Belgrano (4), homme politique et militaire argentin, un des leaders de la guerre d'Indépendance. A noter que nous avons "pêché" cette phrase à l'occasion de la visite
d'un musée de Sucre (en Bolivie).


H) Le cheval de bataille d'E. Zapata (8), le "Caudillo del Sur", un des acteurs majeurs de la révolution mexicaine de 1910.


Bravo à Séverin et Maman Guittard d'avoir joué !


 



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G


Nous nous sommes plongés dans des recherches savantes (même à la médiathèque). Pour 2 réponses nous avons des doutes.


7A-5B-4C-6D-2E-3F-1G-8H


Nous lisons toujours avec plaisir.


Michel Eliane



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G


Bravo d'avoir joué ! Résultats le 1er Juillet...



E


Gracias de nuevo por esta historia magnífica que me permite viajar barato! Todo esto me recuerda (y me da vergüenza) de Pekín Express América del Sur! Afortunadamente, usted no tiene que hacerlo todo para! Pero blabber suficientes ... yo os envío por correo electrónico mis respuestas al juego, con la esperanza de vencer la guitarra madre! (¿Qué va a ser muy muy difícil!)


Heureusement que j'ai pris Allemand première langue! :)


Bisous à vous 2 et à très vite sur votre blog!






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G


Réponses envoyées par Séverin le 22 mai :


"Merci encore pour cet "extra-point" qui me permet de me lancer dans le jeu!
Alors mes réponses sont: 7A, 4B, 5C, 2D, 1E, 3F, 6G, 8H
Biz!"



C

Encore une fois, super récit ! J'ai l'impression d'y être a nouveau ! Bises


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G


Après quelques semaines de silence pour cause de pénurie de connexions wi-fi, le blog reprend du service. A vous de le faire revivre à votre tour !!



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