Le Gran Poder, les paillettes au pouvoir ! (18/06/2011 - La Paz)

par Guéno  -  19 Juin 2011, 00:18  -  #Carnet de route

    A la nuit tombée, vers 18 heures 30, nous prenons la direction de La Paz, avec Jhony, Elena, Ed et Carlos. C'est qu'aujourd'hui, il y a un moment à ne pas manquer : la Festividad del Señor del Gran Poder. C'est un festival religieux avec un air de carnaval, qui a lieu une fois par an depuis les années 1930. Pour l'occasion, des milliers d'habitants défilent en chantant et en dansant, pour la foi, et pour demander que leurs vœux soient exaucés. On vient de très loin pour assister à l'événement !

 

gran poderQuelques acteurs du Gran Poder vus par Asuka

 

La Paz en folie !

 

    Sur la route, à chaque virage, notre dernière heure semble venue. Non que celui qui conduise le fasse plus mal que les autres. Il a juste, très naturellement, adopté les habitudes locales : pleins phares en permanence (peu importe si quelqu'un vient en face), dépassements sans visibilité (c'est tellement plus sympa !), et tout ça au volant de véhicules pas très fiables. Toujours est-il que l'on ne sait pas par quel miracle ça passe... mais ça passe !

 

    A notre arrivée, La Paz n'affiche pas son habituel visage nocturne. Généralement animée en journée et presque vide une fois 21 heures sonnées, ce soir elle grouille d'une foule compacte et ses rues sont pleines d'un trafic infernal où le klaxon est roi. Une fois garés, nous descendons tous six l'artère principale de la ville, l'Avenida 16 de Julio. De part et d'autre, des sièges et des gradins, tous occupés, sont installés sur des kilomètres. Les trottoirs étant inaccessibles, nous sommes donc forcés de nous mêler aux côtés du défilé pour trouver un emplacement favorable. Nous recevons les regards noirs de certains spectateurs, mais heureusement nous sommes nombreux à avoir opté pour la même stratégie et les regards sombres ont tendance à loucher.

 

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Sommes-nous au Brésil ?


    Venons-en à la fête : je n'ai jamais assisté au carnaval de Río ni à celui d'Oruro, mais ce que nous avons sous les yeux doit s'en rapprocher. Des milliers de personnes déguisées descendent du Cementerio General jusqu'à passer devant une tribune officielle sur l'Avenida 16 de Julio. Des groupes (troupes d'artistes, associations de quartiers, étudiants), suivant chacun une grande banderole, se succèdent en vagues interminables : il y a là des orchestres de cuivre, aux musiciens vêtus comme des jazzmen de la Nouvelle-Orléans ; des jeunes femmes dansant en cadence (et posant volontiers pour les photos), cuisses nues et décolletés plongeant, malgré la fraîcheur de l'hiver naissant ; des arlequins, des hommes aux costumes excentriques – Incas, conquistadores, masques de monstres, ailes de papillons, plumes dorées, et déguisements d'animaux – qui, selon le rôle joué, avancent avec calme ou rentrent en transe, rebondissant comme sur des braises tout en faisant tournoyer des bâtons argentés ; enfin il y a là aussi des cholitas, vêtues de leurs plus beaux atours, qui font tournoyer leur polleras (jupes longues bouffantes imitant la juxtaposition de jupons) et chantent une morenada célébrant la Bolivie.

 

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Fastes et alcool

 

    C'est d'ailleurs incroyable l'argent que peuvent dépenser les locaux, sans distinction de revenus, pour leurs parures. Dès qu'une fête se présente, il faut à tout prix être la plus belle, porter les plus lourds bijoux et les chapeaux les plus raffinés. Dès qu'une occasion le permet, il faut coûte que coûte être le plus coloré, le plus richement déguisé. Dans cette recherche de l'ilinx, dans cette transformation temporaire du quotidien, les Boliviens semblent puiser un supplément d'énergie pour affronter les aléas de la vie.

 

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    Malheureusement, il y a aussi le long du défilé un nombre incroyable d'hommes alcoolisés, titubant fortement sous l'effet de la « Paceña », urinant sur les trottoirs ou cherchant à en découdre. Certains font preuve d'humour (l'un d'eux s'approche d'une jeune danseuse et se place devant elle pour lui dégager le passage en criant : « pardon, pardon, c'est mon épouse ! »), mais la plupart sont pathétiques. Un vrai souci dans le pays que cette « culture » de la boisson à outrance ; un cercle vicieux assez systématique : le week-end, on dépense en bières le peu que l'on gagne pour oublier les difficultés de la semaine... et on oublie au passage de prendre soin de femmes et enfants.

 

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    Mais dans notre petit groupe, pas une goutte d'alcool ne coule et la soirée est excellente, entre plaisirs du défilé et séquence photos sur la Plaza Murillo, le centre politique de La Paz. Nous terminons la virée autour d'un poulet-frites, avant de rentrer à Huatajata en... une heure seulement ! Un record absolu, que je déconseille à quiconque d'essayer de battre ; Ed, qui était au volant, est paraît-il pilote de rallye à ses heures perdues...

 

Huatajata, le 19/06/2011

Guéno

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héé c'est la fiesta quoi... :) tant que vous vous êtes amusés, c'est ce qui compte :)



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